Noël bien de chez nous

Noël est mon événement préféré de l’année. Je crois comme pour beaucoup d’entre nous !

Elle me ramène personnellement aux parfums de promenade dans les bois à la recherche des éléments nécessaires à la réalisation de la crèche, unique chaque année, aux odeurs de feux de cheminée et de biscuits de Noëls…

L’image traditionnellement véhiculée de Noël en France imprime en tous l’image de somptueux marchés, dont l’Alsace tient sa réputation. Mais qu’en est-il des Noëls en Provence ?

Santons © legabatch

La crèche et santons :

La crèche traditionnelle ne se passe pas de figurants. Quelles que soient leurs dimensions ou leur provenance, les petits sujets qui ornent la crèche ont cette bonhommie attachante qui leur a assuré la prospérité depuis maintenant plus de 2 siècles. On attribue les premiers santons d’argile au Marseillais Jean Louis Lagnel, 1764-1822.

Disposés dans le décor « fait maison », ils représentent tour à tour la nativité, les métiers anciens, les animaux et les Rois-Mages (à l’épiphanie).

Lorsque l’on commence, il est difficile quel que soit son âge de ne pas se prendre au jeu de la « miniaturisation » de la vie d’antan. En effet, si nombre des métiers pratiqués autrefois ont aujourd’hui disparus, il n’en reste pas moins que la mise en scène des petits sujets a quelque chose d’amusant voire… nostalgique !

Crèche © picture news

Les décors

Petite, la réalisation de la crèche pouvait nous prendre un week-end entier : nous partions promener dans les bois à la recherche de mousse, écorces séchées et branchages. Nous tapissions de mousse la crèche pour en faire le sol, des branches de romarins représentaient un bosquet tandis qu’une ou deux branches de cyprès formaient de très beaux arbres à la hauteur de nos décorations ! Une écorce arrondie servait de pont pour traverser une rivière de papier d’alu froissé (oui, je sais, mais faut vivre avec son temps pardi !) tandis que les moutons de nos jeux de fermes venaient rejoindre les santons offerts ou hérités au fur et à mesure des années. Car un santon, ça reste dans la famille voyez-vous !

Enfin, chaque famille réalise sa crèche selon ses goûts et ses moyens, raison pour laquelle chaque crèche est unique.

N’hésitez pas à faire un tour dans les différentes foires aux santons et villages de Noël, vous trouverez sans doute des réalisations susceptibles d’éveiller en vous des envies de reconstitution !

© Jim Ryce

« Lou Cacho-Fiò »

La tradition provençale a été scrupuleusement consignée dans un ouvrage de l’auteur Frédéric Mistral (1830-1914), intitulé « memòri e raconte » (Mémoires et récits).

La bûche nécessaire à la cérémonie du « Cacho fiò » était indispensable. La tradition voulait en effet que le bois utilisé soit assez gros pour brûler 3 jours et 3 nuits, qu’il soit issu d’un arbre fruitier (symbole de la famille) mort de mort naturelle, qui ne soit ni de bois vert ni de résineux, l’idéal étant un olivier, symbole de la bénédiction et de la résurrection. Pas si aisé à trouver donc !

La bûche devait faire trois fois le tour de la tablée avant d’être placée au feu. Le chiffre 3 était représentatif de la trinité et censé assurer la protection de la maison et de ses habitants. Le plus jeune et le plus âgé de la famille devaient chacun porter une extrémité de la bûche pendant la cérémonie.

Venait enfin la bénédiction de la bûche, à l’aide d’un rameau trempé de vin, où l’on prononçait les paroles suivantes :

« Alègre alègre
Dièu nous alègre
Calèndo vèn, tout bèn vèn
Dièu nous fague la gràci de veire l’an que vèn
E se noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens »

Allégresse, Allégresse,
Dieu nous comble d’allégresse
Noël vient, tout vient bien,
Dieu nous fasse la grâce de voir l’an qui vient
Et si nous ne sommes pas plus (sous-entendu dans le foyer) que nous ne soyons pas moins.

Une bûche crépitante qui flambait bien, était un bon présage pour l’année à venir.

Repas Noël © Marco Mayer

Le Gros Souper

Cette cérémonie terminée, tous se réunissaient autour du « gros soupa », littéralement le gros souper. Constitué de 7 plats de  légumes et de poissons bouillis, c’était en effet le plus gros repas de l’année. On y retrouvait notamment l’anchoïade accompagnée de morue, de cardes, d’artichauts et de céleri ainsi que des escargots. Chaque famille y ajoutait sa spécialité culinaire en fonction de ses moyens et de sa région.

La table, se devait déjà d’être décorée : 3 nappes blanches superposées pour représenter la trinité, 3 chandelles blanches et le blé de Sainte Barbe mis à germer dès le 4 décembre.

© Anyka

La Messe de Noël :

Autrefois donnée en 3 messes, la messe de Noël provençale a inspiré l’auteur et Poète Alphonse Daudet avec ses 3 messes Basses, dont Marcel Pagnol fera l’adaptation au cinéma en 1954 dans « Les Lettres de mon Moulin ». Dans cette histoire, le prêtre censé donner la messe aurait accéléré la cérémonie pour aller au plus vite manger ses 13 desserts !

Aujourd’hui, il y a moins de ferveur religieuse et  c’est surtout un moment de rencontre et de spectacle où le folklore rejoint les cantiques. La crèche vivante attire beaucoup de monde tant pour la beauté des cantiques que celle des costumes. Un délicieux moment à passer en famille pour apprécier la magie de Noël.

La Pastorale :

Il s’agit d’une représentation mise en scène de la nativité, chantée et/ou parlée traditionnellement en provençal, même si l’usage se perpétue de plus en plus souvent en français. Les plus célèbres ont été écrites par l’auteur avignonnais Nicolas Saboly au 17ème siècle et sont toujours adaptées et représentées aujourd’hui.

Hautement pittoresque, les pastorales ont pour habitude de forcer le trait en caricaturant le personnage provençal, naïf, pataud, fier de sa région mais néanmoins attentionné avec ses cadeaux et bénédictions à l’enfant Jésus.

Ces reproductions typiquement provençales assurent une fréquentation exceptionnelle dans les églises les soirs de réveillons dues au spectacle assuré à l’occasion.

Au retour de la messe de noël, chacun rentre chez soi pour partager les 13 desserts… Qui feront l’objet d’un autre article !

Alors… Rendez vous le 15 décembre !

© by-studio

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