Conte de Noël

Noël et les mendiants

Il était une fois quatre mendiants. Ils travaillaient peu et étaient capables de moins disait-on. Ils vivaient de mendicité et se contentaient du strict nécessaire à leur survie.

Leur infortune les avait réunis et ils partageaient ensemble leur quotidien dans une cavité de la montagne surplombant le village.

Ils se nommaient Dominique, Augustin, François et Amand.

Le soir du réveillon de Noël, au lieu de festin, chacun avait porté de quoi consoler sa faim.

Dominique, le plus âgé, avait profité du jour pour ramasser des herbes odorantes de la garrigue toute proche. Du thym, du romarin, un peu de serpolet…

RomarinN’ayant qu’un panier troué en sa possession, il ramassa une belle branche de pin pour en garnir le fond afin d’y transporter sa cueillette sans la perdre en route.

Le plus jeune, prénommé Augustin, trouva sur son chemin quelques brindilles et des feuilles mortes. Au plus froid de l’hiver, le bois se faisait rare. Il fit donc de nombreuses fois le trajet jusqu’à la cavité pour y porter son butin, lié en fagot avec sa taiolo, la ceinture rouge provençale. C’était tout ce qu’il avait comme lien, le pauvre, et sa progression en était plus difficile car ses reins étaient découverts et ses culottes de laine se prenaient dans ses sabots.

François, le troisième, porta l’eau depuis la rivière en contrebas dans son bonnet de cuir. Sa tête découverte et le froid mordant, c’est les oreilles rougies et les cheveux parsemés de givre qu’il parvint enfin jusqu’à l’abri de la montagne, ses membres mouillés et le bonnet à moitié vide de l’eau qu’il avait transporté une heure durant.

Le quatrième quant à lui, revint bredouille de sa chasse. Il s’appelait Amand. Les pièges étaient vides et par le froid qui régnait, même le plus petit gibier de la garrigue était calfeutré au chaud.

Il avait bien recueilli un tout petit oiseau transit de froid, mais pris de pitié, il l’avait réchauffé contre sa poitrine avant de le laisser s’en aller. Il n’avait pas le cœur à le ramener parmi les siens au risque de le voir finir en bouillon.

Dépité, il avait croisé sur le chemin qui longeait la montagne un voyageur dans un piètre état et à la recherche d’un abri.

Honteux de n’avoir rien à proposer d’autre que le couvert de la cavité rocheuse où il vivait avec les trois autres hommes, il lui indiqua que leurs modestes ressources ne leurs permettraient pas de le nourrir et qu’il devrait soumettre son invitation à ses trois compagnons.

Feu de brindilles

Quand ils se présentèrent tous deux à l’entrée de la cavité, le feu allumé grâce aux brindilles ramenées par François laissa entrevoir la pauvreté du vieillard. Le pauvre vieux n’était pas chaussé, sa cape de voyage était toute trouée et ses mains bleuies par le froid.

Sans aucun doute, si Amand ne l’avait recueilli, il n’aurait probablement pas passé la nuit. Chacun pu voir en cet homme plus pauvre que lui et d’un regard échangé, les compagnons accueillirent le voyageur auprès du feu.

Ils avaient disposé dans le foyer une petite vasque taillée dans de la pierre contenant l’eau et les herbes odorantes. Chacun pu boire une gorgée de cette « aigo boulido » peu traditionnelle mais qui eut pour effet de les réchauffer immédiatement.

S’en suivit une soirée de réjouissance partagée où, chacun ragaillardi par ce bouillon commença à conter ses aventures. Et le vieil homme n’était pas en reste ! Il avait voyagé à travers le monde et connaissait des coutumes et des histoires de contrées tellement reculées que les quatre compères n’en avaient encore jamais entendu parler.

Le vieux, comme ils l’appelèrent bien vite, leur parla notamment d’une tradition farfelue où les familles rentraient des sapins entiers dans leurs maisons pour les décorer ensuite et y déposer en dessous des cadeaux qui étaient échangés le lendemain de Noël. Il prit pour illustrer son propos la branche de pin restée au fond du panier de Dominique. Il se servit ensuite de la taiolo d’Augustin pour l’entourer délicatement à la manière d’une guirlande et alla chercher à pleine mains à l’extérieur de l’abri la neige qui avait commencé à tomber à gros flocons pour en saupoudrer l’arbre de Noël ainsi reconstitué.

Pin et Flocon

Le vieillard qui avait retrouvé ses forces, était plein d’entrain et chacun riait de le voir ainsi plongé dans ses histoires rocambolesques d’animaux volants et de petits êtres magiques et farceurs.

Epuisés, ils s’endormirent d’un sommeil juste et profond, le sourire aux lèvres.

Au matin, la neige tombée la veille avait disparue, tout comme le vieillard qui s’était joint à eux pour ce réveillon. La mine triste, les quatre mendiants regrettaient déjà leur compagnon dont ils s’étaient trop vite imaginé qu’il allait rejoindre le groupe ; même si aucun d’entre eux n‘avaient même pensé à lui demander son prénom.

Quand ils tournèrent les yeux vers l’arbre de Noël appuyé contre le mur de la cavité, celui-ci n’avait plus la beauté du soir passé. La neige avait fondue depuis longtemps et Augustin, le dos glacé par l’absence de sa taiolo, entreprit d’en défaire la branche de pin pour se ceinturer les reins. C’est alors qu’il s’exclama d’un cri : sous la branche de pin, un tout petit paquet contenait une Amande, une Noix, une Figue, un Raisin sec et un mot.

« A vous mes amis qui avez su vous occuper d’une vieille âme voyageuse, prenez soin de ces petits présents. Couvrez-les d’amour et ils fructifieront, tout comme l’amitié s’arrose de subtiles attentions.

Noël »

Eh bien, croyez-le ou non, ils se répartirent les présents de leur ami Noël qu’ils couvrirent d’amour et de soins.

Au bout de quelques mois Dominique vit grandir une vigne immense qui couvrit bientôt l’entrée de leur abri. Au début de l’été ses feuilles leur assuraient l’ombre et la fraîcheur et se chargea bien vite de fruits.

François était retourné près de la rivière pour planter son présent et passait des journées entières à s’occuper du beau figuier qui en était sorti. Taillé et soigné celui-ci donna aussi de nombreux fruits.

Il fallut un peu plus de patience à Amand et Augustin pour récolter les fruits de l’amandier et du noyer qu’ils avaient plantés l’un près de l’autre, mais tous deux leurs fournirent également une récolte abondante.

On ne vit plus jamais mendier les quatre compères. Rassasiés, ils apprirent à faire sécher leurs fruits et les vendaient ou les échangeaient contre quelques nourriture et des vêtements.

Ils connurent la prospérité et continuèrent à célébrer Noël ensemble, autour d’un sapin décoré de flocons et d’une taiolo. Par compassion et en souvenir de leur misère d’autrefois,  ils ouvraient toujours leur porte aux mendiants qui passaient, avec l’espoir de voir revenir un jour leur vieil ami Noël.

Histoire par ACfr – inspirée d’un conte traditionnel Irlandais.

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